 |
 |
 |
Rapport Jean HEBRARD [1/2] |
 |
 |
 |
 |
 |
 |
 |
 |
 |
Extrait du rapport effectué par J. HEBRARD dans l'académie de Guyane (20/02-01/03/2000)
Chargé du suivi des circonscriptions de l'enseignement primaire de Guyane dans le cadre des activités du groupe de l'enseignement primaire de l'IGEN depuis septembre 1998, je me suis rendu pour la 3è fois dans cette académie . Le programme de la mission, fixé en accord avec M. le Recteur, m'a permis d'effectuer un tour d'horizon très complet de la situation. Cinq dossiers m'ont paru devoir constituer les points essentiels de ce 3è rapport de la situation de l'école primaire guyanaise. Ils viennent compléter les analyses que j'avais été amené à faire lors de mon précédant voyage et qui restent toutes d'actualité.
1. La situation des enseignants travaillant dans les sites isolés : J'avais signalé dans mon précédant rapport le caractère inacceptable de ce qui est demandé à l'ensemble de notre personnel travaillant de manière permanente ou occasionnelle en site isolé, essentiellement sur les fleuves Maroni et Oyapock. J'avais attiré l'attention sur le fait que les collectivités terrritoriales, les services de l'Etat (équipement, action sanitaire et sociale, gendarmerie, préfecture) et les entreprises chargées d'un service public (France Telecom en particulier) du fait de leurs invraissemblables carences, laissent nos écoles dans un état d'insécurité réellement grave et contribuent à mettre en danger la vie de nos élèves et de nos enseignants. Malgré les efforts incessants de M. le Recteur, de ses collaborateurs et particulièrement de l'IA-IPR chargé de la mission d'inspection des écoles et collèges du Maroni qui, trop souvent est amené à se substituer aux organismes défaillants, aucune amélioration ne peut être constatée un an après. Peut-être même la situation se dégrade-t-elle en certains endroits du fait des nombreux conflits que l'extension tolérée de l'orpaillage dans une zone jusque-là préservée provoque dans les relations inter-ethniques.
Recommandations : Je suggère qu'une charte minimale de sécurité des fonctionnaires travaillant en site isolé soit immédiatement élaborée par toutes les parties concernées et qu'en cas de carence constatée, un service inter-administratif de maintenance puisse se substituer aux organismes ou entreprises défaillants sans pour autant exonérer ces dernières des dépenses engagées. Cette mesure implique que l'Education nationale saisisse M. le Premier Ministre sur ce dossier. |
 |
 |
 |
 |
 |
 |
 |
 |
 |
2. Les résultats de l'enseignement primaire en Guyane
Nous ne disposons pas encore, en Guyane, d'un système d'évaluation adapté à la situation spécifique de cette académie. En effet, le problème linguistique (moins de 20
es élèves guyanais ont le français pour langue maternelle) rend l'usage des évaluations nationales de CE2 et de 6e délicat. De plus les critères ordinairement utilisés n'ont pas souvent, dans cette académie la même signification. Par ex l'indicateur "redoublement" ne peut avoir le même sens lorsque de nombreux enfants doivent prendre le temps nécessaire à l'apprentissage du français avant d'être réellement scolarisés. Tout au long de ma mission, chaque fois que j'ai demandé aux maîtres d'une école combien d'enfants savaient lire en CM2, les réponses obtenues, en dehors de quelques écoles privilégiées de Cayenne, Rémire-Montjoly ou Kourou ont été désespérantes. On m'a souvent annoncé y compris dans des écoles ordinaires de Cayenne que moins de 10 enfants par classe avaient réellement appris à lire à la fin de la scolarité élémentaire, ce chiffre devant être ramené à quelques unités à Saint Laurent du Maroni ou dans les sites isolés. Le plus décevant reste que ces résultats m'aient été annoncés comme relevant de la spécifité du lieu et qu'ils n'aient engendré chez les maîtres qu'un sentiment de résignation et d'impuissance.
Recommandations :
Dans l'immédiat, il est nécessaire de tout mettre en oeuvre pour qu'à la prochaine rentrée scolaire, les évaluations nationales soient présentées à tous les enfants comprenant assez le français pour entrer dans le jeu des exercices en prenant garde, évidemment, de ne pas les interpréter avec les mêmes critères pour les enfants qui parlent français et pour ceux qui ne le parlent encore ou pas suffisamment. Il est nécessaire que tous les maîtres du cycle 2 participent à la correction et l'anlyse des épreuves. Il est urgent par ailleurs,de confier au CEFISEM aidé des maîtres formateurs et conseillers pédagogiques spécialistes du français langue de scolarisation (FLS) l'élaboration d'épreuves susceptibles de déterminer le niveau langagier et linguistique des élèves à la fin de l'école maternelle (ou début CP) de manière à pouvoir adapter leur scolarisation à leur compétence linguistique. Enfin j'attends de chaque IEN des propositions précises pour la mise en place, dès la rentrée prochaine, d'un dispositif de suivi des résultats des élèves. |
 |
 |
 |
 |
 |
 |
|