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Rapport Jean HEBRARD [2/2] |
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3. Les enfants en très grande difficulté
La Guyane paie un très lourd tribut à l'échec scolaire. Quel est l'avenir de ces innombrables enfants qui sortent non seulement sans qualification de leur scolarité mais trop souvent radicalement analphabètes ? Il n'est pas acceptable de se contenter d'évoquer pour en rendre compte les scolarisations tardives des enfants ballottés par l'émigration de leur famille. De trop nombreux échecs graves (analphabétisme) concernent des enfants qui ont subi une scolarité complète. On m'avait soutenu l'an dernier que ce phénomène relevait de quelques écoles particulièrement mal tenues dans la région de Mana. J'ai découvert cette année que ce phénomène pouvait exister aussi dans les classes de Rémire-Montjoly : de nombreux élèves scolarisés dans les classes d'accueil de 6è du collège Auguste Dédé ont bien effectué toute leur scolarité dans les classes primaires de Guyane. Deux phénomènes se conjuguent pour aboutir à ces échecs graves: la scolarité trop tardive en école maternelle, voire en école élémentaire ; la mauvaise maîtrise de la langue de scolarisation, le français due, dans la plupart des cas, à un phénomène de diglossie né du statut dévalorisé des langues maternelles et de leur non prise en compte dans la scolarité de l'enfant. Il faut y ajouter l'absence quasi totale de formation (initiale et continue) des personnels tant enseignants que d'encadrement ou de formation aux problèmes de la scolarisation d'enfants dont le français n'est pas la langue maternelle.
Je suggère la mise en place la plus rapide possible du dispositif suivant:
Avant les congés d'automne chaque école élémentaire en se fondant sur les résultats scolaires constatés (redoublements, accès à la lecture, résultats aux diverses évaluations) signale à l'équipe de circonscription tous les enfants de cycle 2 et 3 en danger de terminer leur scolarité primaire sans avoir appris à lire et à écrire (non accès au niveau de base des évaluations CE2) ; dans les écoles les plus en difficulté il faudrait, pour être efficace, se limiter approximativement au quart le plus en difficulté des élèves de l'école Le conseil de cycle (des maîtres dans les petites écoles) élabore pour chaque enfant concerné un diagnostic et un projet d'aide personnalisée mettant éventuellement en jeu tous les acteurs disponibles enseignants, directeurs, RASED, aides éducateurs, médiateurs bilingues, etc |
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4. L'adaptation de la pédagogie de l'école primaire à la réalité guyanaise:
L'académie de Guyane ne dispose pas aujourd'hui d'une pédagogie adaptée à la population qu'elle scolarise. La dépendance dans laquelle elle a longtemps été tenue des départements antillais a fait adopter, tant au niveau de la formation (initiale et continue) qu'à celui de la gestion pédagogique des circonscriptions, des modèles forgés en Martinique (plus encore qu'en Guadeloupe) c'est-à-dire à peu prés totalement étrangers à la situation de cet espace si spécifique du continent sud américain. Face a~x résultats enregistrés, deux voies pourraient être envisagées: - la première consisterait à augmenter l'effort de pré-scolarisation (...) - la deuxième consisterait à généraliser, en Guyane, la méthodologie de l'enseignement du "français langue seconde" ou, mieux encore, du français "langue de scolarisation" puisque plus de 4 enfants sur 5 sont concernés par ce problème; cela suppose un puissant effort d'innovation didactique dont le CEFISEM, sur place, peut assurer la coordination mais qui doit concerner toutes les équipes de circonscription et un nombre important d'écoles; cela suppose aussi une volonté politique forte de la part de 1'IUFM qui, là encore, devra être relayée par le CEFISEM et dans les circonscriptions; cela suppose enfin la mobilisation des experts extérieurs (français et étrangers) susceptibles de permettre d'avancer rapidement et de manière assurée... Ces deux voies sont évidemment complémentaires. Toutefois, dans l'ordre des urgences la deuxième s'impose d'autant plus qu'elle est la seule à relever entièrement du ministère de l'Education nationale. De plus, sa mise en place permettrait d'envisager, en cas de réelle extension de l'enseignement maternel, une pédagogie plus efficace. Les mesures susceptibles d'être immédiatement mises en place me paraissent être les suivantes:
- au niveau de l'école maternelle, élaboration d'une pédagogie du français oral en situation de plurilinguisme - au niveau de l'école élémentaire, élaboration politique de gestion des cycles 2 (CP, CE1) n'éliminant plus la prise en compte de la dimension linguistique - au niveau de l'école élémentaire, élaboration d'une pédagogie du français écrit au cycle 3 visant à une meilleure capitalisation des connaissances
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